Exemple de type de consultation de déprogrammation sous hypnose thérapeutique
Précision sur l'hypnose :
Contrairement aux croyances populaires, durant les séances d'hypnose le patient n'est pas dans le même type de sommeil que lorsqu'il dort. L'hypnose réalisée est située à un "juste" niveau de profondeur afin que le patient se laisse imprégner des suggestions tout en ayant la capacité d'être actif et participer à sa propre exploration du passé tout en la verbalisant *. Il se souvient ensuite de tout ce qu'il a dit, vu avec une précision extraordinaire, et au fil des jours qui suivent sa mémoire se ravive en tout point de vue et des images de résolution de son passé arrivent encore à sa conscience, il est en guérison permanente !
* Le fait de verbaliser et participer ainsi à sa propre séance est essentiel pour que la guérison se fasse en conscience et que le déclic-miracle puisse se réaliser.
Problème de vie : agoraphobie
Explication de la personne avant la première consultation :
Problème de vie : agoraphobie.
"J'ai le permis de conduire depuis plusieurs années et une voiture, mais je n'ose pas prendre le volant seule et, accompagnée, c'est possible mais en faisant de très grands efforts".
7 novembre 2002
En guettant, je vois rapidement une partie plus claire se dessiner. Il s’agit de l’ouverture de la grotte vers laquelle je me dirige spontanément. Je me déplace sans savoir si je nage ou si je marche. J’arrive soudain vers l’entrée de la grotte. L’extérieur est uniformément opaque. Je me sens étouffer, triste. Je ne veux pas sortir, car c’est le néant total qui m’attend. Mais je ne veux pas revenir en arrière, vers ceux qui attendent on ne sait quoi. MB me propose de sortir, mais j’ai peur devant ce vide. MB me suggère un chemin. Au travers de ce qui est une brume lumineuse, j’aperçois une ville en contrebas, très éloignée. MB me suggère encore d’emprunter un chemin. Pas de chemin, mais l’étrange sensation de voir monter la ville vers ma grotte ! ! !Elle monte, et en me penchant, je vois un escalier qui monte vers l’entrée de cette grotte que j’ai à présent envie de quitter ! Cet escalier est large, n’a pas de rampe, est en pierre claire taillée de manière rustique. Il est vaste et tourne vers la droite de manière majestueuse. Cela éveille du bien-être, car l’escalier est beau. Je descends sans avoir peur de tomber (alors que je me tiens toujours à la rampe en descendant un escalier) tant il est large. J’arrive dans une petite ville peu accueillante construite avec les mêmes pierres que l’escalier. Je devine tout de suite que cette ville est vide, comme abandonnée fraîchement par ses habitants. Pourtant, ils n’ont pas déserté pour des raisons tragiques car rien ne le laisse deviner. J’avance, et ce vide m’intrigue toujours plus. J’arrive devant la fenêtre d’une maison vide. Tout est en ordre, mais vide. J’arrive vers une place carrée bordée par quelques arbres trop verts pour être honnêtes. Je trouve un banc et m’y assieds. A ce moment, je remarque un petit chien qui renifle par terre sans se préoccuper de moi. Il est mignon, beige clair. Je décide de faire le tour de la place. Toujours personne. En scrutant l’horizon, je vois un champ, vert, entretenu mais comme issu de l’œuvre d’un robot !Un monde artificiel ou une autre planète ? Je me dirige vers ce champ, cherchant probablement à retrouver un environnement que je reconnais et qui me semblera familier. Je remarque que le petit chien me suit de loin, sans me regarder, le nez par terre. Je l’accepte car il est bien proportionné ! J’arrive en bordure du champ, je le contourne et vois, sur un bord, une forêt qui m’était cachée par un sol vallonné. Je suis la bordure de la forêt. Ce n’est pas une vraie forêt. Elle est trop verte.
En continuant à marcher le long de cette forêt, je découvre un autre village au lointain. Je sais d’avance qu’il sera vide, mais je pressens déjà qu’il s’agit du village dans lequel j’ai habité pendant 16 ans ! Je décide de m’y rendre, bien qu’il soit éloigné d’au moins 10 km. En arrivant vers ce village, je reconnais l’église et c’est vers elle que j’arrive. Je n’y entre pas, mais vais vers l’école, car je suis sûre d’y trouver du monde. Là encore, personne !Dans l’école voisine, personne non plus ! Dans le centre, personne ! ! !Personne ! ! !Je me dirige vers le château. Personne devant l’entrée. La porte est ouverte, je rentre et effectue un tour rapide. Personne. Je sors dans le parc et descends vers les 2 bassins ronds. Plus de poissons, pourtant l’eau est verte. Je descends vers le bois de droite et remarque que le bois est aussi artificiel, comme construit par une machine. Par terre, plus de lierre bleuté, plus de violettes ! Un sol trop bien entretenu , tel un malade que l’on aurait ravalé pour le rendre plus présentable. Je tourne autour du 2ème bassin. Personne. Pas de poissons. Les jardins à la française sont bien taillés.
Je ressors du parc pour retourner dans le centre du village. Personne. La boucherie est fermée ! (ma mère y avait travaillé). Je décide d’aller à Paris, à 20 km de là, avec le RER ou ce qu’il y aura. J’attends à la gare. Le train arrive et un reflet sur la vitre de la cabine m’empêche de voir s’il y a un chauffeur ! Je monte et cherche où m’asseoir, bien qu’il n’y ait personne. C’est sale, avec des traces de saleté partout. Ce train s’arrête et je décide de ne pas aller jusqu’à Paris, car il n’y aura personne.
Je descends dans une gare. Un grand courant d’air, mais personne. J’attends, assise. J’attends encore, mais MB me fait revenir sur terre…..et j’en suis très heureuse. Je suis à présent certaine que je ne voulais volontairement rencontrer personne. La présence humaine à proximité me rassure mais m’ennuie.
13 novembre 2002
Tout en haut d’un escalier, je dois descendre les sept marches qui me séparent d’une pièce de forme arrondie.
J’ai vaguement peur. Peur d’avoir peur. J’ai presque envie de crier à MB: pas ce soir ! On arrête !
Installée par terre, je ne peux pas tomber plus bas, et la curiosité sur le voyage qu’il va me proposer l’emporte sur la peur.
Et puis je me sens bien, plombée au sol, attentive à toutes les paroles bienfaisantes qui me pénètrent par osmose.
L’escalier est large, engageant, en pierre taillée, assez tendre. Une barrière de part et d’autre me permet de me tenir si besoin est. Je descends en me tenant légèrement à celle de droite. J’arrive en bas en suivant le rythme indiqué par MB. La pièce est effectivement ronde sur la gauche, très bien éclairée par de grandes fenêtres qui laissent passer le soleil qui inonde la pièce. Sur la droite, MB m’indique sept portes, et m’invite à en ouvrir une pour découvrir ce que la pièce contient en rapport avec mon enfance. Je choisis la deuxième porte, ignorant la première pour gagner du temps…
J’ouvre la porte et je tombe sur les bouts de bois de mon enfance, avec mon petit marteau, ma chignole et quelques clous rouillés. Je fabriquais éternellement des petits meubles et des petites maisons…A droite, une porte est fermée. J’ouvre cette porte, qui donne sur une pièce très sombre, et je rencontre immédiatement Muriel, qui fut ma compagne de jeu de manière très sporadique, car, après avoir habité le Cambodge, elle est partie en Côte d’Ivoire, ou l’inverse. Lorsqu’elle venait en visite chez sa grand-mère, son père garait la grosse voiture sur le trottoir, et alors commençait mon manège pour savoir si nous pourrions jouer ensemble. Je n’ai eu que Muriel comme véritable compagne de jeu, dans mon enfance. Les autres filles avaient des jeux de fille où toute imagination était exclue. Il fallait toujours jouer à la poupée et emmailloter des baigneurs supposés avoir fait pipi ! ! !Avec Muriel, nous passions les après-midi à jouer dans la chambre du sous-sol de la maison de ses grand-parents. Au fond de la pièce, il y avait un grand coffre rempli de jouets. Nous commencions toujours par fouiller dans le coffre pour, très vite, nous retrouver à improviser des scènes de théâtre. Ses parents l’emmenaient au théâtre, aux marionnettes, et elle me restituait à sa façon les contes mis en scène ! Quelquefois, nous allions dans le jardin, un chef d’œuvre du grand- père. Deux larges et harmonieuses allées de cailloux blancs menaient à un bassin qui était notre but de promenade, pour réaliser je ne sais plus quel conte de fées ! Le bassin était profond et il y avait une tanche que l’on croyait toujours voir. Le frère de Muriel était empoisonnant, et nous préférions être dans la chambre. Nos jeux m’ont laissé une sensation de richesse, et ces moments, si rares, étaient des moments de pur bonheur. Mis à part ce frère, nous n’étions jamais dérangées, sa grand- mère étant assez respectueuse de nos jeux. Quant à ma mère, elle détestait cordialement la grand- mère de Muriel et ne se serait jamais aventurée à rentrer dans la propriété. De plus, les 2 gros chiens, Diane et Youyou, nous assuraient une grande tranquillité. Muriel, rousse avec des taches de rousseur, n’était pas une bonne compagnie aux yeux de ma mère.
Muriel restait rarement longtemps. Je suis certaine que, si j’ai autant développé mon imagination, ma créativité et mon originalité, c’est grâce à nos jeux. A cette même époque, pendant les soirs d’été, mon père et mon frère se couchaient sur la terrasse encore chaude du soleil d’été. J’avais toujours ma place, mais je n’ai jamais rien compris aux étoiles, je n’ai jamais vu les étoiles filantes, ni repéré la grande et la petite ourse. On se parlait sans se voir. J’avais créé ma propre planète sur laquelle je me réfugiais presque tous les soirs. Il m’arrivait de dire tout haut : ce soir, je vais à Quit. Ma planète n’intéressait personne, mais un jour, on m’a tout de même demandé ce qu’était Quit. Par la suite, j’ai lu qu’un grand écrivain avait également l’habitude de se réfugier sur une planète qu’il avait surnommée Quit…
MB me demande de remercier Muriel pour les moments passés ensemble. Je le fais avec empressement. Je dois également remercier mon père et mon frère de ces bons moments passés sur la terrasse. Je les remercie, mais avec moins de passion. On m’a trop dit que j’étais trop jeune pour comprendre ! Les très bons moments de jeu, à cette époque, étaient avec Muriel. Je remercie tout de même mon père et mon frère.
Je quitte les lieux, en refermant les portes, et reviens dans la grande pièce arrondie d’un côté. Je remonte les sept marches en suivant les indications de MB.
Je reviens dans mon corps, et, avec une petite nostalgie, quitte Muriel.
Si je rencontrais Muriel aujourd’hui, je suis certaine que nous n’aurions plus rien à nous dire. Qu’aurions nous à échanger ? A moins qu’elle soit devenue musicienne ou peintre !
Je reviens donc au 13 novembre 2002 sans nostalgie, avec la sensation d’un sympathique voyage dans le passé.
Je me sens très bien, et cherche à comprendre la signification et la place actuelle de Muriel dans ma vie depuis son passage vers mes 8 ans ou 9 ans.
En quittant MB, je rentre à pied à travers Lausanne, sans dégoût pour les drogués (c’est seulement réservé aux mercredis !) avec le puissant sentiment d’avoir su passablement bien exploiter tout ce qui m’est tombé sous la main pour développer mon propre épanouissement.
Oui, le sentiment diffus d’une vague hostilité environnante (ma naissance de mercredi passé) est loin, ce soir ! Curieusement, chaque fois que ma mère est apparue pendant la séance d’aujourd’hui, chaque fois elle était là comme trouble-fête : tant vis-à-vis de Muriel que vis-à-vis de nos observations du ciel. Il fallait toujours rentrer à la maison, probablement pour qu’elle nous ait à l’œil. Le KGB à la maison !
Un rabat-joie, un élément négatif qui regarde toujours dans le rétroviseur. Jamais je ne l’ai vue s’abandonner, se détendre. Toujours sur le qui-vive !
Il n’aurait jamais fallu quitter la maison, pour qu’elle soit tranquille.
Mercredi 20 novembre 2002
Ce soir, MB m’annonce que j’ai gardé un côté « très petite fille ».
Oui, bien sûr, c’est vrai, car il me semble avoir choisi ce qu’il me plaisait de prendre chez les adultes. Le reste, je leur ai laissé. C’est aussi pour cette raison que j’avais choisi un mari coincé sur ses 12 ans. Je ne parle pas du prochain qui laisse pour tout message téléphonique des grognements et des aboiements d’animaux…malgré son doctorat !
C’est vrai, je n’aurais jamais pu être gestionnaire de fortune dans une banque ou chef du personnel dans un supermarché…
Je suis tout en haut d’un escalier de sept marches que MB me décrit comme sûr et rassurant. Cet escalier a des marches larges et bien arrondies sur les bords. Je descends ces marches, une à une, selon ses indications précises. J’arrive dans une salle , et dois me diriger vers l’une des sept portes. Je choisis la troisième, car j’ai l’impression que c’est celle qui me livrera mon mystère, et que je dois éviter de sauter des étapes.
La préparation relaxante a été profonde, je me sens lourde comme du plomb, mais, soudain, une sourde angoisse m’assaillit et j’ai peur.
Je ne sais si j’ai peur de l’état hypnotique, ou si j’ai peur de ce que je vais trouver derrière la porte. Je ressens également la peur de ne rien trouver, et de rater mon voyage tant attendu!
Derrière cette porte, il fait noir. Je suis dans les toilettes de notre petite maison. La hantise de mes jours ! Mon cauchemar ! Ce lieu abhorré ! Tous les voisins savaient que l’on se rendait aux toilettes, surtout le dimanche, car tous les voisins étaient là !
Il y avait une porte en bois, probablement fabriquée par mon père. Tout en béton, avec une chaîne à tirer, un crochet à l’intérieur pour s’enfermer. Pas de lumière.
Et surtout, mon imagination fertile qui m’avait permis de croire qu’il y avait un éléphant comprimé à l’intérieur et qui attendait que l’on ouvre la porte pour occuper tout l’espace. Je me souviens avoir attendu des heures avant d’entrer, parfois, de peur de me trouver avec l’éléphant.
Entre les bons points perdus dans le trou à la turque de l’école et cet endroit sans nom, je suis sûre de détester cordialement tous les WC du monde, sauf ceux que j’ai apprivoisés !
J’ai eu peur, là-dedans !
Plus jeune, ma mère faisait la préparation, et je devais l’appeler lorsque cela était fini.
Plus tard, je me retenais pendant des heures, car il fallait passer devant les voisins : le père, très autoritaire, ne manquait pas de me faire une réflexion qui m’indisposait fortement.
Après plusieurs années, lorsque notre nouvelle maison masquait les toilettes, j’ai moins souffert de ce lieu.
Je pense qu’il y avait des araignées. C’était, pour moi, l’endroit le plus inhospitalier de la terre.
Aujourd’hui encore, lorsque je dois me rendre dans des WC inconnus, c’est toujours une expédition.
Les WC doivent être propres. J’ouvre plusieurs portes. Je choisis. J’essaie le verrou à vide. Je pose du papier partout. S’il y a du monde, je me sauve juste après en 4ème vitesse, sans me laver les mains. Je n’hésite pas à aller dans le WC à 1 Fr, car il y a moins de monde et c’est propre.
MB me demande d’embellir chaque élément de mes WC. La porte, les murs, le sol. Je mets un couvercle après avoir changé la porte. La poignée de la porte est dorée, comme celle des WC de ma maison. J’ai mis une moquette blanche par terre : il n’y a que moi qui irai, je ne salirai jamais. Je ne laisse jamais de trace de mon passage.
Les murs sont recouverts d’un papier bleu à grosses fleurs, les accessoires sont jolis, mais moins que ceux que j’ai choisis pour ma maison. Peu à peu, je me sens mieux et moins crispée, jusqu’à ce que je me sente à nouveau lourde comme du plomb.
J’ouvre les yeux avec le très net sentiment d’avoir compris l’origine de mon agoraphobie.
Je retrouve MB qui a la même réflexion…
Comment n’ai-je jamais pu faire ce rapprochement qui me paraît si évident, ce soir ?
Quand je pense à tous les problèmes dans ma vie, à cause de « ça » !
A la maison, on me reprochait toujours de me retenir d’aller aux toilettes pendant l’école, et de m’empoisonner les reins !. Puis, ce furent des années de constipation, avec les bouts de savon enfilés sauvagement par ma mère, car elle trouvait que c’était plus efficace que les suppositoires de glycérine. Ma dernière crise de constipation a disparu lorsque je suis parvenue, après des heures d’essai, à me mettre moi-même un suppositoire à la glycérine.
La constipation a disparu aussi à ce moment avec l’apparition des 2 WC clairs, propres et agréables dans notre grande maison.
Pendant mes dernières vacances, à Noël l’année passée, j’ai enlevé l’ancien carrelage des toilettes du bas de ma maison. J’ai mis un carrelage blanc, j’ai posé un crépi marmoréen blanc. J’ai acheté deux petits meubles pour les coins et sur lesquels il y a des plantes, dont un citronnier qui se plait beaucoup. Les rideaux sont jolis et l’ensemble est harmonieux, romantique. Le porte-serviette, le porte-papier et la brosse ont une partie en plaqué or…J’ai changé le lavabo, le robinet, et ai mis une table encastrée. Je compte changer l’armoire murale et faire poser un placard sur mesure sous le lavabo. Ce seront mes premiers travaux lorsque je reviendrai dans ma maison. Je mettrai dans des vitrines ma collection de petites cuillers argentées. Je veux que ce lieu soit beau, accueillant, inhabituel, qui transporte dans une atmosphère où l’on se sent bien, qui contraste avec ce que l’on est venu faire de honteux dans cet endroit…
Je n’associe pas ces fonctions avec les organes sexuels pour lesquels je n’ai aucun dégoût, au contraire.
Je déteste ce que l’on fait dans les toilettes et je supporte encore moins les déchets des autres. Lorsque quelqu’un de proche me demande d’utiliser mes toilettes au magasin, il perd un peu de sa dignité à mes yeux. Après son départ, je désinfecte, pas par maniaquerie, mais pour retrouver mes marques. Cet endroit est à moi. L’eau est bleue, le papier est épais, il y a des serviettes humides, du spray, et le couvercle est toujours baissé. Ceux qui ne baissent pas le couvercle sont catalogués parmi les « sales », jusqu’au moment où je me raisonne en chassant ces idioties un peu trop superficielles.
La semaine passée, j’avais dû installer l’un de mes clients à mon bureau. Je devais aller aux toilettes et, comme il n’en finissait pas, j’ai inventé une course chez une voisine pour aller satisfaire mon besoin urgent au bistrot voisin. Je n’ai pas osé utiliser mes propres toilettes en présence de quelqu’un dans mon magasin ! ! !
Ce soir, je suis soulagée d’avoir parlé de « ça », car j’évite ce sujet comme la peste. Même acheter du papier de toilette me met dans l’embarras. Je prends toujours un grand sac pour le camoufler. J’ai vidé mon sac, tout me semble dit. Je suis persuadée qu’il existe une corrélation entre ce petit endroit et mon malaise.
Je vais déjà essayer de me réconcilier avec les WC étrangers…
Mercredi 27 novembre 2002
Pas la sourde angoisse qu’on a peur de voir s’installer, pas de choc au moment du passage en état alpha, rien, la plénitude totale, le corps pesant et complètement détendu.
Ca avait pourtant bien commencé…
MB me demande de me trouver en haut de cet escalier. Pas besoin d’imaginer des barrières, je me sens tellement bien que je n’ai pas la sensation d’être attirée par le vide si je ne me cramponne pas. Je descends les marches selon ses indications, l’une après l’autre. Elles sont toujours taillées dans une roche dure, mais érodée par le temps. Je suis dans cette pièce en demi-cercle, et je vois 5 portes ordinaires. Je décide immédiatement de choisir celle du milieu, car elle est bien coincée entre les quatre autres, ce qui est à l’intérieur doit être bien protégé.
J’ouvre la porte, et je me vois en train de tourner en vélo. Mon petit vélo bleu, celui avec lequel j’ai fait des kilomètres sur le trottoir. Je me sens très déçue, persuadée qu’avec cette vision je n’irai pas loin aujourd’hui. Avec ce vélo, j’ai tourné sur ce circuit à en avoir des nausées. Ma mère ne m’autorisait pas à aller plus loin que ce qui était déterminé à cause de tous les dangers possibles. D’un côté, l’eau (à plus d’un kilomètre), de l’autre, les voitures sur la grand-route. Alors, je tournais pendant des heures, dans l’espoir de voir quelque chose ou quelqu’un.
Fort habilement, MB me guide, et je comprends bien vite que le bras cassé de mon frère avait crée à la maison un véritable traumatisme. J’avais 8 ans. Ce bras cassé, il a été la source de beaucoup de peurs de la part de ma mère. Manque de chance pour elle, mon frère et moi étions passionnés de vélo. Je devrais dire : manque de chance pour moi, plutôt !
Comme la nourriture de la cantine scolaire m’était insupportable, il avait été convenu que j’effectuerai les trajets en vélo, depuis l’âge de 11 ans. C’était ça ou mourir de faim ! Ma mère a voulu que nous fassions une fois le trajet ensemble, et j’ai pu voir, comme lors d’un pèlerinage, l’endroit exact où mon frère était tombé de vélo, accroché par le rétroviseur d’une voiture qui lui avait cassé le bras en lui refusant la priorité.
Le bras cassé. Ainsi, il resurgissait en m’apportant son cortège de jérémiades. Quand ma mère racontait l’histoire, elle mettait surtout l’accent sur son état à elle lorsqu’elle avait appris la nouvelle. J’ai entendu 100 fois l’ambulancier lui demander si elle était bien madame Untel, j’ai vu 100 fois ses mains jointes vers le ciel lorsqu’elle a appris que mon frère s’était cassé le bras; bref, cet épisode a été raconté et raconté. Comme nous ne faisions jamais rien de spectaculaire, il ne nous arrivait rien. L’événement était donc de taille.
Un jour, avant la rentrée scolaire, nous avons ensemble effectué le parcours en passant par l’endroit maudit. Pendant les 4 ans de ce trajet, j’ai toujours eu l’image de mon frère couché par terre à cet endroit, ou, au moins, une pensée pour ce moment effrayant de notre vie.
Ma mère m’énerve par sa seule présence. Je l’aime bien, pas trop, mais il est impossible de lui faire admettre quoi que ce soit, et il est impossible de discuter sérieusement avec elle. Ma mère n’a aucune idée qui lui est propre, elle emprunte sans réfléchir, s’approprie. Elle m’énerve.
MB me demande de lui rendre ses peurs en les mettant dans un cœur. Je visualise immédiatement un cœur en laiton, épais, du costaud, avec une grosse charnière sur le côté. Ma mère n’aime pas les cadeaux, ni les objets délicats : Je ne peux pas lui offrir un cœur ! Je cache le cœur dans une caisse en laiton, avec des charnières en bas. Cette caisse est lourde. Pendant un certain temps, MB m’incite vivement à la lui rendre. Je ne peux pas. Ma mère continue de m’énerver, et j’aimerais lui jeter cette caisse aux pieds. Je n’y arrive pas. Elle est très lourde. Comme j’ai hâte de quitter cette vision, je m’énerve moi-même. Je sens des larmes. Cette caisse est si lourde que, si je la pose à terre, je vais m’égratigner les mains à cause des charnières. MB me dit que je vais probablement trouver une solution. Il ne connaît pas ma mère, lui ! Je lui dis que je ne sais pas comment faire, MB me dit de faire comme si je savais, car la solution est déjà en moi mais je ne m'accorde pas de la voir. Soudain, j’ai l’idée de lui fait prendre appui sur l’un de mes genoux, et je la fais coulisser sur une chaise. Cela se passe en douceur. Je suis furieuse contre ma mère. ELLE M’ENERVE.
Je me sens immédiatement respirer mieux. MB m’indique alors que je peux dépasser les limites en vélo, à pied, en voiture, comme je veux. J’acquiesce. Je revis. Je me sens vraiment libre comme je ne l’ai jamais été. Ils n’ont jamais compris que j’étais différente et que j’avais le droit de l’être. Je ne me suis jamais rien senti de commun avec ces pantouflards qui ne connaissent de satisfaction que lorsqu’ils ont économisé trois sous en faisant leurs achats.
J’imagine ma jolie petite voiture bleue. Toute neuve, toute pimpante. Nous partons, elle et moi, partout où l’inspiration nous guide.
Oui, je t’ai rendu ton paquet. Oui, je respire.
Garde-le ton colis. Je préfère ma vie à celle que l’on a voulu m’imposer. Je la vis pleinement, cette vie-là. Je la respire profondément et elle m’emplit de bonheur.
Je suis heureuse, moi, avec ce que j’ai eu le courage de bâtir et ce que je vais encore réaliser.
Je verse encore quelques larmes de rage, quelques larmes parce qu’ils n’ont jamais chercher à comprendre les autres, ni voir l’amour.
Les larmes sont bien séchées. Je me sens à nouveau revivifiée et régénérée comme dimanche passé, après la Légende de Saint François de Paule marchant sur les Flots de Liszt, et l’air que je respire me semble complètement purifié : j’en prends des réserves pour aller plus loin.
A la fin de la séance nous avons pris rendez-vous pour mettre en application, je vais conduire ma voiture !





